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François Delalande

Au-delà des notes : prémisses d’une théorie de l’analyse

Le schéma production/objet/réception proposé par Jean Molino et Jean-Jacques Nattiez a ouvert plusieurs voies à l’analyse. On peut aller de l’interne à  l’externe, c’est-à-dire dégager des configurations remarquables dans l’objet (partition, objet sonore résultant d’une exécution ou d’une improvisation) et rechercher ensuite de quelles conduites de production elles peuvent être la trace et quelles conduites de réception elles permettent de prévoir. C’est le trajet qu’a le plus souvent suivi l’analyse de la musique écrite. Mais le trajet inverse, de l’externe vers l’interne, se développe, et pour une part s’impose.

1. La première tâche est de délimiter l’objet que l’on entend analyser. C’est en général l’étude des pratiques sociales qui permet de définir les contours de l’objet que l’on souhaite analyser (ce qui en fait partie, ce qu’on exclut). C’est souvent considéré comme évident s’il s’agit d’une partition, ça l’est moins pour les manuscrits anciens, encore moins pour les musiques non-écrites, de tradition orale ou électroacoustiques, ou populaires, qu’on doit d’abord  transcrire. Que transcrire? On ne peut passer sous silence, cependant, que même une partition est “informée” par une “enquête externe” implicite. On sait par exemple  que la simple lecture d’une partition baroque doit tenir compte d’informations qu’on trouve dans les traités d’époque, ce qui est une forme d’enquête externe. Quant à l’analyse d’une exécution sonore, que doit-elle inclure (que veut-on qu’elle inclue)? Les choix des interprètes, mais aussi de ceux qui produisent le “son” final : facteur d’instruments, preneur de son éventuellement?

2. Une fois les contours de l’objet établis, il reste à trouver quelles formes prend l’objet et quel sens il acquiert dans les conduites humaines qui le “construisent” - généralement, inventer, jouer, écouter- donc ce qui est pertinent dans l’objet pour décrire ou expliquer le rapport objet/sujet.

On peut dégager de ces réflexions les prémisses d’une théorie de l’analyse, dans laquelle l’analyse des configurations de notes, quand il y en a, n’est qu’un moment. L’analyse de l’externe, ce qu’on projette sur l’objet pour établir les pertinences, se développe actuellement dans de nombreuses réunions scientifiques: analyse des processus de création, de l’interprétation, des gestes de l’interprète, du rapport au corps, bien sûr de la psychologie de l’écoute musicale. Ces recherches élargissent le champ de la musicologie et de l’analyse.